Alpha Condé, c'est d'abord un exil d'une
trentaine d’années hors de son pays, qu'il a quitté
à 15 ans pour venir suivre ses études en France.
Très tôt, il milite dans les mouvements étudiants,
et devient l'un des plus actifs dirigeants de la fameuse FEANF,
la Fédération des étudiants d'Afrique noire,
qui fut pendant de longues années un creuset pour toute
l'Afrique dirigeante d'aujourd'hui. Alpha Condé est à
la tête du mouvement de 1966 à 1978. Parallèlement
il anime en France les mouvements d'opposition guinéenne
au régime de Sékou Touré:
les appellations sont diverses, du Parti des travailleurs de Guinée
au Mouvement national démocratique, jusqu'au Rassemblement
du peuple de Guinée, en 1988. C'est sous les couleurs de
ce dernier qu' Alpha Condé milite aujourd'hui, avec la
même vigueur, et probablement quelques solides habitudes
héritées de la clandestinité et de l'exil…
Le Guinéen enseigne aussi pendant de longues années
les Sciences politiques, en particulier à la faculté
de la Sorbonne ; durant son long séjour en France, il croise
nombre d'hommes politiques français, de tous bords, et
à droite comme à gauche noue de solides amitiés
: on citera Bernard Kouchner et Pierre
André Wiltzer, connus sur les bancs de l'école,
Jean-François Cot ou l'UDF André
Santini. Il fut aussi promotionnaire de François
Polge de Combret, ancien secrétaire général
de l’Elysée sous Giscard d’Estaing,
Marie Michelle Alliot, actuel ministre de la
défense entre autre. Son passage, dans les années
80, dans la société de négoce international
Sucres et Denrées, lui permet d'élargir son réseau
de relation aux hommes d'affaires, et il fréquente plusieurs
chefs d'État.
Si
bien qu'à son retour en Guinée, en 1991, à
la faveur d'une timide démocratisation, il apparaît
aux autorités comme un adversaire dangereux, qu'on accusera
régulièrement d'utiliser ses relais à l'étranger
pour tenter de déstabiliser le pays. Alpha Condé
est aussi victime du saisissant clivage qui oppose, aujourd'hui
encore, les Guinéens de "l'intérieur",
restés au pays, et leurs concitoyens de l'extérieur,
revenus avec une expérience, une culture ou des convictions
politiques ou économiques, et pour tout dire une "mentalité"
fort contrastées.
C'est
donc le début d'une longue guérilla politique avec
le pouvoir, dans un climat très peu sécurisé.
A plusieurs reprises, Alpha Condé craint
pour sa vie, et l'on se rappelle comment, à l'époque,
il se réfugie à l'ambassade du Sénégal
à Conakry, y reste 45 jours, avant d'être évacué
par l'avion personnel d'Abdou Diouf… Ses
résultats aux présidentielles de 1993 et 1999 ont
confirmé, malgré des chiffres contestés par
l'opposition, sa forte implantation, en particulier dans la région
de Haute Guinée, sa région d'origine. Ce qui n'empêche
pas, au contraire, Alpha Condé d'être
toujours considéré par ses adversaires comme un
trublion à hauts risques, dont le nom est régulièrement
associé à toute crise menaçante pour le pouvoir:
ce sera le cas de la mutinerie militaire de 1996.
L'homme
est volubile et chaleureux, longtemps pénalisé par
son caractère impulsif, c'est un orateur habile, qu'on
dit parfois populiste, et qui bien sûr ne mâche pas
ses mots pour dénoncer l'absence d'État de droit
en Guinée. Il illustre surtout, même s'il a pu commettre
des erreurs stratégiques dans sa carrière, la difficulté
de mener un combat politique normal dans un pays, la Guinée,
qui est désormais une singularité en Afrique de
l'ouest.